Même pas peur

Il y a quelques mois, j’avais vu cet appel à textes sur la phobie. La consigne : « vous n’êtes pas obligé de choisir une voie connue et répertoriée. Vous n’êtes pas forcé non plus d’être original à tout prix. » Pas de consigne, donc.

Alors j’ai commencé un truc sur la phobie.

Je voulais parler de cette angoisse que j’ai dans les petits escaliers confinés depuis cet incident dans un campanile à Venise. Y’a bien un mot pour dire la phobie des escaliers en colimaçon qui sentent la moisissure. En chute, j’aurais pu dire que, du coup, j’étais bien contente de ne pas avoir visité la Tour Saint-Jacques cet été.

Je voulais aussi parler de Twitter et de toutes ces phobies en huit syllabes qui apparaissaient régulièrement sur ma timeline. C’est de ma faute, je suis plusieurs comptes de fun facts et autres what you need to know about everything. Maintenant, je connais la phobie d’être étouffé par de la mie de pain ou de voir un dauphin vous arracher le maillot de bain. Mais je ne vais plus sur Twitter, ma phobie du déluge d’informations et ma phobie d’en rater une rendent l’expérience douloureuse.

Après, je voulais parler du fait qu’aujourd’hui, tout est phobie. On n’a plus juste peur. On n’a plus juste pas envie. On a une phobie. Comme tout est syndrome. Comme tout est maladie mentale. Tout est phobie.

Et puis je voulais glisser vers le sujet que j’avais vraiment envie de traiter. Parce que moi, quand je vois « phobie », je pense à ce qui n’est pas une phobie. Ce qu’on appelle phobie pour se donner bonne conscience. Mais qui est l’inverse de la phobie. Je pense à homophobie et islamophobie. Islamophobie qui est entré dans le dictionnaire en 2005,  en même temps que le gloss et le syndrome de Stockholm (tiens, un syndrome…). Deux mots trop à la mode et qui ne s’assument pas. Ce n’est pas une peur panique, incontrôlée et irrationnelle, c’est la haine de l’autre pour ce qu’il est. Une haine, justement, rationalisée. Je voulais dire que ces mots construits, en étant des « phobies », devenaient fréquentables, étaient validés comme une condition et non comme le rejet violent qu’ils sont.

J’aurais peut-être souligné l’ironie dans le fait que l’homophobie devient par sa dénomination une maladie quand les homophobes prétendent justement que l’homosexualité est une maladie dont on doit se guérir. Mais peut-être que je n’en aurais pas parlé.

De toute façon, je n’ai pas envoyé ce texte. Sur les 20 000 signes demandés, j’en avais à peine 8 000 et je comptais en couper la moitié pour que ça ressemble à quelque chose. Moi, moins y’a de mots, plus je suis contente. Et puis j’avais l’impression de n’avoir traité le thème ni par une voie connue et répertoriée, ni d’être originale à tout prix. J’avais l’impression de n’avoir pas traité le sujet. D’être juste à côté. Comme pour tout. Comme à chaque fois.


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